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La grossesse, cette expérience si particulière

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  •  Avril 2011

J'ai un léger pressentiment. Je fais une prise de sang et m'étonne qu'elle ne révèle pas que je suis enceinte. J'oublie. De toute façon, je viens d'apprendre que ma mère est malade, j'ai d'autres chats à fouetter. C'est pas le moment d’avoir un enfant.

  • Mai 2011

Je passe un vendredi entier placé sous le signe du vertige. Le samedi après-midi sur celui de la nausée mais je ne fais pas vraiment le lien. La semaine suivante, mon amoureux est en congé. Je passe beaucoup de temps chez lui et un jour sur deux malade: "problèmes digestifs". Je commence à avoir des doutes et les partage avec lui. J'achète un test le samedi 7 et attend jusqu'au lendemain, 8h du matin pour le faire. Je crois pas trop au résultat. Le test est devenu rose avant même que j'ai le temps de pisser trois gouttes. J'appelle quand même mon amoureux, le réveille. Je crois qu'il ne prend pas vraiment conscience de la chose.

Je prends rendez-vous chez la gynéco pour vérifier et une semaine plus tard, c'est à dire le 16 mai, j'ai la confirmation: je suis enceinte de 6 semaines. Ma gynéco, très sympa, me demande plusieurs fois si je vais le garder et si mon amoureux me soutient. Je suis choquée par ses questions. Que sait-elle de ma vie, après tout, pour oser m'interroger comme ça? Que je prends des AD pour une dépression et de l’anxiété que j'ai développée il y a quelques années et dont je suis, en partie, guérie. Je comprends vite qu'elle n'a aucun tact car lorsque je lui dis que, pour le moment, les symptômes, ça va, elle me répond: "Vous verrez, à 8-9 semaines, ça n'ira plus car le taux d'hormones sera à son maximum". C'est ce jour-là, comme par hasard, que je commence vraiment à être malade et lorsque je vais à Londres, qui tombe comme par hasard pendant la semaine 8, je n'arrive pas à en profiter. Clair que Londres, c'est pas l'endroit idéal pour l'estomac d'une jeune femme en début de grossesse. Les odeurs, la male-bouffe m'ont écœurée. Je reviens et passe cinq jours malade comme un chien avec fièvre, vomissements, rhume et super fatigue au programme.

  • Juin 2011

Pas grand chose à signaler. Je passe le mois au fond de la cuvette des toilettes et à souffrir de chutes de tension. Je suis épuisée, au point que je crois être mourante, plutôt qu’enceinte. Je me rends chez ma gastroentérologue car je ne vis plus, mon estomac me fait affreusement souffrir. Je ne vois la rue de temps en temps que parce que je m’y oblige.

Je suis contrainte d'annuler plusieurs sorties avec des amis que je n'ai pas vu depuis longtemps, des rendez-vous importants et ça me frustre au plus haut point.

Je revois la gynéco, la même, qui s'étonne de voir à quel point mon bébé a l'air de bien se développer. Moi qui suis de celles qu'il faut constamment rassurer, je suis effrayée et m'imagine pleins de trucs.

  • Juillet 2011

C'est le début des achats-mobilier pour le nouvel appart et mon estomac est toujours à l'envers. Je fais les magasins comme je le peux et je vis enfin mes premiers jours de répit niveau estomac.

C'est aussi le mois de la première écho. Mon amoureux et moi allons faire connaissance avec notre bébé. Malheureusement, ça ne se passe pas comme prévu. L'échographe est un type hyper désagréable qui fait ça en 5 secondes et me tient complètement en marge. Je ne vois rien. Heureusement, mon copain, oui et je vois à sa tête qu'il est content. Je crois que c'est à ce moment précis qu'il se rend vraiment compte que je suis enceinte. L'échographe prend les mesures dans son coin sans rien nous expliquer et nous dit que ce sera probablement une fille. Lorsqu'il a terminé et que je lui demande des clichés, il me répond que c'est trop tard. Je suis dégoutée.

Je retourne pour la dernière fois chez la gynéco. Elle met encore les pieds dans le plat lorsque je lui parle de mes insomnies de plus en plus contraignantes. J'arrête, je vais chercher quelqu'un d'autre, ailleurs.

  • Août 2011

Les travaux commencent dans l'appart. Les achats mobiliers et matériels continuent et moi, j'ai toujours la nausée. Les insomnies sont de plus en plus prononcées et je suis contrainte d'appeler mon médecin du sommeil, qui me prescrit des plantes et un médicament que j'avais réussi à laisser tomber. Je culpabilise mais pense qu'une femme enceinte qui ne dort pas n'apporte rien de bon à son bébé.

J'ai un nouveau gynécologue. J'ai décidé d'aller consulter à l'hôpital qui se trouve à deux pas de celui où ma maman se fait traiter. C'est beaucoup plus pratique pour s'accompagner l'une l'autre, d'autant plus que nos rendez-vous tombent souvent le même jour.

Que dire sur la gynécologue? Elle est pro, sait de quoi elle parle, ne commet pas de gaffes. Disons que je ne pense pas qu'on deviendra copines mais qu'au moins cette consultation s'est bien passée. Bizarrement, lorsque je vais reprendre rendez-vous, la secrétaire me met chez une sage-femme (J’apprendrai plus tard que la gynécologue chez qui on m’avait mise, a démissionné). Je ne comprends pas mais accepte volontiers. J'ai entendu tellement de bien sur ces dames.

  • Septembre 2011

Avec mon amoureux, on emménage le 10. Ma mère rentre à l'hôpital le 11 et se fait opérer le 12. Mes nausées continuent, surtout le matin. Mes insomnies aussi et je chope tout ce qui traine.

Mon rendez-vous avec la sage-femme me déçoit. On dirait qu'elle ne sait pas quoi faire, quoi dire. Elle est lente, gauche, m'inquiète. Je veux changer et je demande un rendez-vous avec une autre personne, un gynéco de préférence mais, à l’hosto, la secrétaire refuse. Elle me dit qu'on ne peut pas changer comme ça, que c'est trop tard et pleins d'autres conneries. Je décide de mordre sur ma chique car ma deuxième écho se passe bien. La personne chargée de me la faire est très douce. Je vois qu'elle connait son boulot et quand elle me dit que tout va bien, je la crois. Cette fois, c'est confirmé, mon bébé est un garçon.

  • Octobre 2011

Les travaux continuent dans l'appart, la cicatrice de ma mère est infectée, j'ai des démangeaisons qui m'empêchent de vivre. Je me sens mal quasi en permanence mais essaye de profiter de la vie un tant soit peu. Avec l'amoureux, on va quelques fois au restau, au cinéma...

Mes rendez-vous avec la sage-femme m’exaspèrent. Elle me pose à chaque fois les mêmes questions, se répète. C'est dur, dur mais je supporte.

Heureusement que depuis le début de la grossesse, j'ai un moral excellent.

  • Novembre 2011

Mon moral n’est plus aussi bon. J’en ai marre d’être tout le temps malade. Le pire c’est que j’ai recommencé à vomir. J’ai peur de l’accouchement et pour me désensibiliser, je m’informe en lisant des témoignages de femmes qui sont déjà passées par là.

La sage-femme décide de m’envoyer chez le gynéco pour voir s’il ne peut pas me donner quelque chose contre mes foutues insomnies.

La 3ème écho est parfaite ! Wembley a déjà la tête en bas.

Les travaux dans l’appart se terminent enfin (en théorie). L’amoureux et moi, on peut enfin se concentrer sur les achats pour Wembley.

Je vais chez le kiné. Il m’explique les exercices pour le périnée.

La cicatrice de ma mère est soignée. On sait enfin quand elle commencera ses rayons : le 12 décembre. Maintenant, c’est sûr, elle ne terminera ses séances qu’après mon accouchement.

  • Décembre 2011

J’ai de plus en plus d’angoisses. Je ne sais plus si c’est une bonne idée d’avoir un enfant. Je crains de ne pas être à la hauteur. Je ne peux pas imaginer l’amour sans limite et profond que tout le monde dit que je ressentirais pour le petit.

Le gynéco me donne un nouveau traitement pour l’estomac et ajoute que je devrais prendre mon mal en patience pour les insomnies car ce qu’il peut me donner ne serait pas bon pour Wembley. J’accepte mon sort et continue à mordre sur ma chique. Je mange de moins en moins et vomis toujours.

On continue les achats pour la venue au monde du bébé.

Je retourne chez le kiné. Il me rassure beaucoup en ce qui concerne l’accouchement.

Les séances de radiothérapie de ma mère commencent. Je tiens à l’accompagner à la première même si moi, je ne vais pas bien du tout.

J’arrive à la 37ème semaine de grossesse. J’étouffe. Je me sens mal. J’arrive quasi plus à me déplacer. J’ai le ventre qui me fait super mal. Ça serre. Je perds le bouchon muqueux. Je me demande s’il ne vaudrait pas mieux aller à l’hôpital. J’appelle ma mère, qui vient à ma rescousse. Elle s’occupe de moi, me fait à manger et on attend un peu pour voir si ça passe et ça passe. Plus tard, je comprends que j’ai fait un trop grand effort en faisant le lit. Le lendemain, quand je vais chez la sage-femme, elle me dit que le bébé est déjà très bas. Je n’en peux plus. Je me sens diminuée, limite handicapée. J’en ai marre. Il faut que ça se termine.

La veille du réveillon, je décide d’aller faire les courses de noël malgré la douleur. Je suis très déprimée et ça me fait du bien.

Le 24, je me réveille trempée. J’hésite entre la fuite et la perte des eaux. J’ai de légères contractions, pas du tout régulières. Curieusement, je suis zen et ne me sens pas spécialement mal, juste crevée. Je doute, je doute mais décide quand même d’aller vérifier tout ça à la clinique. On m’examine, c’est effectivement les eaux que je perds. C’est le jour j. Je n’y crois pas.

Si vous m’avez lue jusqu’au bout, vous avez du vous rendre compte que, même si ça valait la peine, ma grossesse a été un cauchemar, autant du point de vue physique que du suivi médical. Heureusement, psychologiquement, j’ai réussi à déployer des forces que je n’étais pas consciente d’avoir et qui m’ont permises de tenir le choc.

Je suis de celles qui sont tombées sur leur cul parce qu’elle s’attendait à ce que cette période se passe merveilleusement bien. Je croyais aux clichés du type de ceux qu’on voit à la télé. Jamais, je n’aurais imaginé être à ce point malade. Je pensais que les nausées, ça ne durait que quelques jours et qu’après, j’allais être hyper épanouie. Tu parles ! J’avais un peu peur de me trouver laide avec un gros ventre mais c’est tout.

Franchement, je trouve qu’on sous-estime très fort les problèmes physiques et psychiques liés à cette période. Je ne comprends pas pourquoi, on doit tout dépeindre en rose alors que dans certains cas, c’est plutôt « bleufoncépresquenoir ». Tout change, tout est différent. C’est un grand bouleversement. Perso, je ne me reconnaissais pas et je ne pense pas être la seule. Avoir un enfant, c’est magnifique, dans la plupart des cas, mais le processus qui y conduit n’est pas toujours des plus évidents. Par conséquent, arrêtons de faire de la "publicité mensongère". N'ayons pas peur de dire: la grossesse, c'est dur. Quand on n' a pas mal à un endroit, c'est à un autre. La grossesse, ça pue et heureusement, qu'on reçoit un beau cadeau à la fin. Moi, malgré mes peurs et mes doutes en tous genres, c'est la seule chose qui m'a aidé à tenir...

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